Foi biblique en la résurrection et expériences d’aujourd’hui

Selon une enquête représentative réalisée il y a quelques années, environ 14 % de la population suisse croit encore en la résurrection des morts telle que la conçoit le christianisme. Il n’en allait pas autrement du temps de Jésus ! Àl’époque, la question de la résurrection était très débattue. Qu’est-ce qui pourrait nous permettre, presque 2000 ans plus tard, d’avoir accès à ce que le Nouveau Testament dit sur la foi en la résurrection ?

Traduit de l’allemand par Yvan Mudry

Sans doute n’en avons-nous pas assez conscience, le message de Jésus, la foi en lui et en la résurrection n’allaient pas du tout de soi à l’époque même où il a vécu. L’Évangile de Marc évoque à de nombreuses reprises l’incrédulité, l’incompréhension et le doute éprouvés par les personnes qui accompagnaient Jésus. Et selon l’Évangile de Luc, ses apôtres qualifièrent d’abord « d’absurdités » (Évangile de Luc 24,11) le message de la résurrection transmis par les femmes.

Qu’est-ce qui pourrait nous permettre, à nous qui sommes de culture moderne, d’avoir accès à la foi en la résurrection attestée dans le Nouveau Testament ? Je me suis demandé quelles expériences personnelles nous pouvons faire, ici et maintenant, qui auraient un lien avec les affirmations bibliques sur la résurrection. Quant à moi, trois types d’expériences surtout confortent ma foi sur ce point.

Une question de beauté, de bonté, de sens

Je crois en la résurrection parce que ce monde est splendide. On attribue cette phrase à Dante, un écrivain du Moyen Âge qui savait se montrer critique face à la religion : « Trois choses nous sont restées du paradis : les étoiles dans la nuit, les fleurs le jour et les yeux des enfants. » Selon l’Évangile de Matthieu, Jésus a goûté lui aussi la beauté du monde et l’a évoquée : « Étudiez comment poussent les plus belles fleurs des champs : elles ne travaillent pas et ne tissent pas ; cependant je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’a pas eu d’aussi belles tenues que l’une d’elles » (Évangile de Matthieu 6,28s).

Il arrive à de nombreuses personnes d’être profondément touchées par la beauté et l’ordre des choses tel qu’il existe dans ce monde, par exemple lors de l’heureuse naissance d’un enfant attendu dans la joie ; lors d’un rapport sexuel totalement satisfaisant ; lorsque, au cours d’une excursion dans une vallée de montagne où règne un grand silence, on perçoit les battements de son cœur et on « sent » et prend conscience de cette réalité : je vis, j’existe.

Faire de telles expériences et beaucoup d’autres, c’est être touché d’une manière qui dépasse notre entendement. Être bouleversé par le cadeau de la vie. Être stupéfait que tant de choses existent – quand il était possible que rien ne soit. Reconnaître que la vie dans toute sa diversité et sa beauté, ainsi que l’univers ne vont pas de soi. Une telle émotion m’invite à croire qu’à l’origine du monde se trouve quelque chose de bon, et que notre monde est irrigué et maintenu en vie par une réalité (appelée Esprit de Dieu dans la Bible) qui dépasse de loin ce que nous pouvons imaginer, nous autres humains. Et j’ai confiance, cette force créatrice de Dieu nous appellera à une nouvelle vie, nous créera à nouveau, chacun de nous comme la création tout entière.

Une question de justice

Mais qu’en est-il des expériences amères, du vécu des bourreaux et de leurs victimes, de l’horreur, du malheur et de la souffrance ? Je vois là une deuxième raison de croire en la résurrection, pour une question de justice. J’en ai pris une nouvelle fois conscience au contact d’un homme que j’ai pu, que j’ai dû enterrer. Tout petit, il avait été mis à l’ouvrage. Durant toute son enfance, il avait été battu et exploité. Il n’avait pu faire aucune formation et tout jeune, il était allé d’un écueil à l’autre. Et pourtant, il avait lutté vaillamment, de toutes ses forces, contre son effroyable sort. Finalement, alors qu’il approchait de la quarantaine, il trouva un modeste emploi qui lui procurait de la joie. Il avait repris espoir et confiance. Mais moins de six mois plus tard, le poste était supprimé, parce que le rendement « devait » être amélioré. À nouveau, le monde s’effondrait pour lui. Cette fois-ci, il n’eut plus la force de continuer à vivre et il se suicida.

J’ai rencontré de nombreuses autres personnes comme lui, et ces rencontres m’ont conforté dans ma conviction : je veux croire en une résurrection des morts, car s’il existe un Dieu juste, qui tient à ce que chacun vive pleinement et dans la joie, alors ce Dieu accueillera cet homme auprès de lui, il soignera les blessures qui lui ont été infligées dès son enfance à coups de ceinturon, il essuiera ses larmes. Il va de soi que la foi en la résurrection ne doit en aucun cas servir à justifier la souffrance, en faisant miroiter une consolation dans l’au-delà. Cette foi doit au contraire avoir une incidence ici et maintenant. Elle doit me pousser à lutter pour la justice.

Les disciples ont fait une expérience différente, mais comparable, au contact de Jésus. En lui, ils ont rencontré quelqu’un qui procurait à ceux qui le côtoyaient dignité et santé. Ils ont perçu en lui l’amour de Dieu pour l’humanité tout entière. Ils ont mis tout leur espoir en lui. Mais ensuite, Jésus a été cloué sur la croix comme un malfaiteur. Et, selon l’Évangile de Marc, ses derniers mots se sont résumés à un cri : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Évangile de Marc 15,34)

Marc Chagall, Crucifixion (1960 apr. J.-C.)

On peut imaginer à quel point les disciples ont été épouvantés et déçus ! On peut comprendre qu’ils aient fui, qu’ils n’aient plus supporté le terrible spectacle. On aurait aussi compris qu’ils cessent de croire en Dieu. Et pourtant, s’il existe un Dieu juste, la croix ne peut pas être l’ultime vérité. Et c’est ainsi qu’au travers de l’expérience de la souffrance et de la mort, se produisit le grand miracle de Pâques : alors est née la foi en un amour de Dieu plus fort que la mort – l’existence même d’une telle foi constitue le miracle premier, renvoyant à quelque chose de plus important encore !

Une question d’amour

Ce n’est certainement pas un hasard si les premières personnes qui ont annoncé la résurrection sont les femmes, et d’abord Marie Madeleine. Elles étaient restées à proximité de la croix ; elles se rendirent au tombeau ; elles entendirent le message : « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? » (Évangile de Luc 24,5s) C’est l’amour de Dieu qui a ressuscité Jésus. C’est l’amour de ces femmes envers Jésus qui leur a fait croire au ressuscité. C’est grâce à leur amour que le message a été transmis aux disciples, et jusqu’à nous aujourd’hui.

C’est la troisième raison qui me conforte dans la foi en la résurrection : je crois en la résurrection parce que je crois en l’amour. Cela aussi renvoie à des expériences communes : plus nous aimons une femme ou un homme, plus nous souffrons lorsqu’il meurt. Mais notre cœur, notre amour espère que la personne que nous avons aimée et continuons à aimer connaît le bonheur là où elle se trouve désormais – et qu’elle nous précède dans un monde que nous ne pouvons pas voir de nos propres yeux, un monde que nous ne pouvons que présumer, auquel nous ne pouvons qu’espérer ; elle nous précède auprès de Dieu, où nous la reverrons un jour. 1

 

  1. Crédits photos photos 1, 2, 3, 5: unsplash; photo 4: wikiart

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